Concours de ori Tahiti  - Heiva i Tahiti




Chaque année, le Heiva i Tahiti anime les soirées du mois de juillet sur la place To’ata. Le grand concours de ori tahiti et de himene attire plus de 3000 spectateurs durant six à dix soirées, suivant le nombre de groupe inscrits. C’est le plus ancien concours de danse et chants de France puisqu’il a fêté en 2015 sa 133e édition.

Depuis 30 ans et la renaissance de la culture tahitienne, les jeunes sont de plus en plus nombreux à s’engager dans ces troupes. Ils savent pourtant qu’ils vont devoir mettre en parenthèse leur vie privée de janvier à juillet, pour suivre un marathon de répétition et organiser des événements pour financer leurs costumes.

Aujourd’hui, une dizaine de troupes s’inscrivent au concours amateurs de danses et presqu’autant au concours professionnels, contre à peine 3 à 5 il y a 40 ans. Les groupes de chants, même s’ils sont moins fréquentés, ne sont jamais moins d’une quinzaine à participer.

Avec 100 à 150 danseurs par troupe, ainsi qu’une quinzaine de musiciens, et une 50ène de chanteurs pour les groupes de himene, environ 6 000 personnes mettent le Heiva en tête de leur priorité pendant six mois de l’année, avec pour seul objectif, réussir leur unique passage à To’ata.

En effet, seuls les vainqueurs, deuxièmes et troisième de chaque catégorie seront amenés à rejouer leur spectacle lors de la soirée des lauréats et seront invitées ensuite à l’InterContinental et au Méridien pour animer un mini Heiva. La mairie de Faa’a invite également quelques troupes à jouer au motu Ovini en juillet. C’est dire si ces milliers de Polynésiens font preuve d’un grand amour pour leur culture.

On ne vient donc pas les voir, comme au va au cinéma. Une soirée de Heiva, c’est toujours une soirée d’exception, qui compte deux à trois troupes de danses, et deux à trois groupes de chants.

Un spectacle de danse, d’une durée de 45 minutes, comprend des aparima et otea, mais aussi des prestations de meilleur danseur solo, meilleure danseuse, orchestre patrimoine... Le ra’atira guide le show avec ses orero.

Les groupes de himene, quant à eux, disposent de 20 minutes. Ils sont classés en plusieurs catégories, suivant leur archipel d’origine.

Tout est codifié et le règlement, très pointilleux et modifié d’une année sur l’autre, est généralement l’objet de polémiques lorsque tombent les résultats. Même si les chefs de troupe font allégeance au jury en début de Heiva lors d’une soirée du rahiri remplie de symbole, les débats sont parfois violents sur les réseaux sociaux après la soirée d’annonce des résultats.

Quand tu vis une soirée dans le public, et sans même comprendre le reo maohi, tu profites des orchestres entrainants, des chorégraphies de groupe majestueuses, quand plus de 120 artistes se déploient sur l’ensemble de la scène.

Chaque spectacle met en scène une histoire ou une légende tahitienne. Les speakers de To’ata prennent d’ailleurs un quart d’heure pour raconter l’intrigue en français, reo maohi et anglais avant que les artistes entrent en scène. C’est suffisant pour te plonger dans le show. Tu es rapidement cueilli par les émotions. Tu ris, tu pleures, tu crains pour le héros, tu vis tous les rebondissements avec passion. Quand les tenues végétales et les colliers de fleurs sont de sortie, une vague odoriférante de tiare te procure un grand moment de joie. Il n’est pas rare alors d’écraser une larme de bonheur car ces soirées autour d’artistes talentueux sont magiques.

Les groupes de himene vont t’envoûter également avec leurs chants qui racontent là encore une histoire, l’éloge d’un Dieu légendaire, d’un chef renommé, d’animaux protecteurs, en usant d’un langage poétique. « Les himene sont au confluent des hymnes religieux des premiers missionnaires protestants et des chants polyphoniques tahitiens qui avaient cours avant l’arrivée des Européens », explique une brochure du GIE Tahiti. Les principales formes de himene sont le himene tarava, le himene rau’au et le üte.

Chaque groupe propose également un üte paripari, un grand moment d’humour. « Ce chant improvisé est interprété sur un rythme enlevé par deux ou trois personnes, accompagnées d’un orchestre traditionnel auquel peuvent être ajoutés la guitare, le ukulele, l’harmonica et l’accordéon. » Il s’inspire des éléments de la vie quotidienne et provoque à chaque fois de nombreux rires dans l’assistance… qui comprend le reo maohi bien sûr !

Il faut absolument venir en juillet à Tahiti, pour vivre le Heiva à To’ata. C’est un des spectacles les plus forts que j’ai pu voir dans le monde, l’égal d’un mega show à Las Vegas ou le carnaval de Rio.